Bulles Palais Cardin (1975 – 1989) Antti Lovag (1920-2014)
Virginie Maneval

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L’HABITOLOGIE



A la fin des années 1950, un groupe d’architectes se rebelle contre l’architecture classique d’inspiration corbuséenne. En rupture avec la paroi plate à angle droit, ils travaillent la sphère et les formes organiques. Leurs maisons rappellent les grottes et l’habitat troglodyte : l’habitologie est née.


Après des essais en plastique, comme la maison escargot réalisée en 1956 par Ionel Schein, la première maison bulle en voile de béton est construite en 1959 par Pascal Haüsermann, bientôt rejoint par son épouse Claude Costy, puis par Jean-Louis Chanéac, qui travaille ses cellules “amphores”, et par Antti Lovag. Si Haüsermann privilégie une architecture “sculpture” aux formes libres, Antti Lovag revendique une démarche plus fonctionnelle qu’esthétique.


Ces pionniers ont des philosophies différentes, mais ils ont tous en commun le désir de réaliser une habitation accessible à tous, modulable, qui épouse les formes du corps et de la nature.



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Antti Lovag | Sans titre, 1993 Maquette Acier, inox 44.5 x 135 x 88.5 cm

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Antti Lovag (1920-2014 )



Clipping sur le  » Palais Bulles  » de l’architecte hongrois et Habitologue Antti Lovag (1925)  trouvé des maisons sur la tête » du programme de la série documentaire ZDF « enfants des hommes » par Wolfgang M. Ebert de 1981. Le aussi appelé  » bulle Palace « ou » bulle immobilière « connue villa à Théoule-sur-Mer, une dizaine de kilomètres au sud – ouest de Cannes sur une pente côtières escarpées de la péninsule Esterel sur la Côte d’Azur et jusqu’en 2005 appartenait au créateur de mode français Pierre Cardin. L’ensemble du bâtiment est faite de bulles de béton peint en rouge-brun qui sont reliés entre eux par des passages tubulaires, entre il y a une énorme piscine semi-circulaire et sur le dessus d’un amphithéâtre où place 400 spectateurs.

Est considéré comme le père des maisons bulles. Il finira par les nommer « habitats coques,bulles » car le terme de maison était pour lui trop péjoratif, trop connoté…

« Une maison? non, c’est une enveloppe pour l’homme je construis. » Il fut parfois architecte, parfois ingénieur, peut être un peu artiste ou cuisinier, mais également pilote de planeur, de bolide, excellent skieur, qualifié pour les jeux olympiques de saut à ski, fabuleux véliplanchiste, aventurier,…

A vrai dire parfois, on ne sait plus vraiment tant la liste des expérimentations est longue. Issu certes d’une origine tellement lointaine, la Carélie, on préférait l’écouter, lui, se raconter plutôt que tenter écrire sa biographie tellement son histoire était compliquée. Et, lui même n’en voyait pas vraiment l’intérêt, de son vivant, de réécrire le passé, répétait souvent cette phrase « Le passé demeure le passé. C’est le futur qui m’intéresse. Le futur m’appartient. » Si son oeuvre s’ancre dans l’histoire de l’art au mouvement de l’architecture organique, Antti ne savait pas et ne voulait pas savoir ce que cela voulait dire, car être catalogué était pour lui insupportable. Il disait, en s’amusant ne rien comprendre rien à l’art. » Vu la qualité de ses réalisations, tout le monde peut en douter.

Qui est -il alors? C’est un Anti-conformisme certes et il se définissait comme Habitologue, un mot valise qu’il va définir dés 1970, début de son autonomie d’ art-chitecte pour répondre aux besoins humains de l’homme, afin construire l’enveloppe qui ira avec, avec ici et là, toujours plus de rondeurs, plus de courbes, d’inventions techniques et de générosité.



Antti Lovag, le légendaire chevalier (Lovag veut dire chevalier) a vécu pleinement son rêve.
Pour ceux qui ont le privilège de vivre un instant dans ses bulles, les visiteurs, les usagers saisissent l’intelligence des formes, sa maîtrise de l’espace courbe, le soin du détail, la poésie de l’espace.



Il est né en 1920 à Budapest Hongrie durant un voyage d’affaire de ses parents, Père russe d’origine juive, mère finlandaise d’origine de la Carélie province profonde de la Finlande où la culture tribale régnait à l’époque sur les familles. Celle ci refusa ce mariage et poussera les membres de sa famille à assassiner sa mère. Il est mort le 27 septembre 2014 à Tourettes-sur-Loup, dans sa bulle maquette, entouré de ses expérimentations.
En raison de ses origines et voyageant dans l’Europe au rythme des mouvements géo-politiques de ce début du xxème siècle, Antti a choisi de parcourir le monde à la rencontre des autres. attiré par la réputation artistique de la France il viendra s’y installer.


Des objets d’exception prennent alors forme, des espaces de vie courbes qui s’enchevêtrent, s’entrelacent, s’entrecroisent, sans rupture, « sans agressivité » dans une douceur telle que ses clients sont devenus par la force des choses et en raison de l’intelligence et de la qualité plastique des projets réalisés, à la fois ses amis et mécènes.
En effet il était aussi important de le vivre, cet homme aux multiples talents que de le mettre au travail. « Je ne sais pas combien de temps cela durera, je ne sais pas la forme qu’elle aura et je ne sais pas combien cela va couter. » sera son précepte de base.


Ingénieur de formation, il étudie la construction navale et la construction mécanique dans un premier temps en Suède.


En 1939 à tout juste 20 ans, il est officier, pilote de planeur et quand il faut prêter main forte, devient chasseur alpin. Fait prisonnier de guerre par l’Allemagne nazie puis déporté en raison de ses origines juives, il se retrouve démineur devant les chars allemands obligé jusqu’à Stalingrad à leur ouvrir la route. Un des derniers survivants de ce funèbre cortège, il y sera libéré puis s’enrôlera (de grè,et ou de force) dans l’armée soviétique, pilote pour voir de plus haut cette guerre interminable. Doué pour aller voler des bombardiers allemand, cette aventure le ménera jusqu’à Berlin. Où, ayant peu apprécié l’esprit de camaraderie communiste s’inventera une mission pour fuir définitivement l’est de l’Europe. C’est ainsi qu’il choisira le nom de Lovag sur ses papiers d’état civil afin d’échapper aux représailles. il en profitera pour se rajeunir de cinq ans, mais cela est une autre histoire.


il choisira de s’installer définitivement en France, commençant par Paris pour y voir la capitale de l’art et pour apprendre le français, où plutôt tentera d’apprendre le français.. Il préférera suivre les cours de sociologie d’un professeur génial qui lui ouvra les yeux sur la représentation du monde.


Après quelques saisons dans les stations d’hiver qui se construisent où, il se fera déjà remarquer, c’est à partir de 1963, qu’il travaillera en qualité de collaborateur aux côtés de Jacques Couëlle, l’un des premiers architectes à proposer en France une architecture organique à Plascassier puis à Port la Galère.Très vite il devient l’alter égo du maitre et décide en 1968 de prendre son autonomie après avoir rencontré son premier ami et mécène, Antoine Gaudet à qui il construira sur sa demande un château contemporain à Tourettes sur Loup (Alpes Maritimes) sur le terrain dit Le Rouréou. En 1968 Il élabore d’abord une maquette expérimentale à l’échelle 3/4 de la maison pour Antoine Gaudet. C’est dans cette « maquette » (car construite sans permis, puisque c’est une maquette) qu’il habitera les dernières années. Le chantier des bulles Gaudet après plusieurs arrêt sera achevé par le nouveau propriètaire de 2006 à 2014. Cette réalisation a été classée du vivant de l’architecte à l’inventaire supplémentaire du patrimoine.


En 1970 il collabore avec Jean Louis Chanéac et Pascal Haüsermann à des projets d’Habitats évolutifs, ils conçoivent tous les trois des cellules susceptibles de se connecter les unes aux autres… La crise du pétrole de 1974 viendra dissoudre l’idée de construire en résine plastique. Avec monsieur Pierre Bernard, il réalisera deux maisons, celle de Port la Galère, la maison Bernard puis la villa de l’Esquillon appelée palais bulles après son rachat par monsieur Pierre Cardin. Elle est actuellement en vente. Avec le professeur Labeyrie il réalisera l’observatoire du plateau de Calern, le g2i2t en 1974.


En 1985 il réalisera la maison de monsieur et madame Roux à Lyon, qui sera le bureau de l’association Homme et Habitat, ayant pour objectif de vulgariser son travail, en organisant des stages, enseignant des techniques simples permettant à chacun de devenir autoconstructeur, c’est à dire dans la capacité de construire sa propre bulle.
Daniel Bord, par exemple, réalisera ses bulles dans les années 80 « le petit palais bulles ». Son oeuvre continue au travers de manifestations, stages, débats, visites organisées par ses amis, ses élèves, autoconstructeurs, ingénieurs, architectes, artistes et ou enseignants. Jérôme Sadler, professeur Arts Plastiques, Autoconstructeur et conspiratifs.



Le Palais Bulles de Pierre Cardin  (1975 -1989)
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Le Palais Bulles de Antti Lovag, parfois abusivement attribué à Pierre Cardin, est une villa de 1 200 m2 style maison bulle, au bord de la mer Méditerranée à Théoule-sur-Mer dans le massif de l’Esterel conçue originellement pour le compte de Pierre Bernard.

Principales réalisations:

1971  Pierre Bernard – la Maison Bernard

1974  Observatoire astronomique de la Côte d’Azur, à Saint-Vallier-de-Thiey


1975  Palais Bulles de Pierre Cardin à Théoule-sur-Mer, souvent attribué  au couturier Pierre Cardin

qui n’en a été qu’un propriétaire ultérieur

1982  Complexe astronomique du Planétarium Valéri (Collège Jules Valéri à Nice)


1986 Maison Gaudet à Tourrettes-sur-Loup

1991  Maison Hélène et Christian Roux 



L’Histoire



Construit entre 1979 et 1984 par l’architecte Antti Lovag, boulevard de l’Esterel à Théoule-sur-Mer, le Palais Bulles, avec ses mille hublots est en réalité la troisième maison de ce type construite par l’architecte atypique. C’est la deuxième œuvre commandée par Pierre Bernard à l’architecte Antti Lovag mais celui-ci avait déjà expérimenté ses techniques de conception novatrices sur une première maison réalisée à Tourrettes-sur-Loup pour le compte d’Antoine Gauder. L’architecte a voulu un retour aux racines, aux habitats ancestraux : les grottes, l’habitat troglodyte… Un lieu tout art où l’expression de la beauté, la souplesse, l’harmonie et l’équilibre laissent libre cours à l’imagination. Tout, du sol au plafond, du dehors au dedans, épouse des formes sphériques. « C’est le corps d’une femme » aime dire Pierre Cardin, « tout est absolument sensuel ». Le palais a en effet été racheté après la mort du commanditaire Pierre Bernard en 1991 par le célèbre couturier Pierre Cardin qui l’agrandit et en fait un lieu de réception (notamment pendant le festival de Cannes) et y expose sa collection de mobilier, d’objets d’art et de design des sixties et seventies. Il la met en vente en 2016, pour un prix estimé à 350 millions d’euros. D’autres maisons de couture y organisent des défilés, comme Dior en 2015. La Maison Gaudet, première réalisation du maître réalisée sans permis de construire est inscrite aux monuments historiques par le ministère de la Culture depuis 1998. Le palais Bulles l’est depuis 1999.



Architecture



La maison de 1 200 m2 (cette surface est atteinte après les travaux engagés par Pierre Cardin) est composée de :Une salle de réception pouvant accueillir 350 personnes assises ;
Un salon panoramique ;
10 suites, chacune originale, toutes décorées par des artistes contemporains tels que Patrice Breteau, Jérôme Tisserand, Daniel You, François Chauvin ou Gérard Le Cloarec.
Une piscine, des bassins et un jardin sur un espace de 8 500 m2 .
Un amphithéâtre à ciel ouvert de 370 m2 et 500 places. Du sol au plafond, des murs aux fenêtres-hublots, tout est ondulant et sphérique. Ces formes féminines se prolongent dans la décoration avec des meubles conçus sur mesure pour épouser harmonieusement l’architecture par des artistes contemporains. Cette maison-sculpture de couleur ocre s’intègre parfaitement dans le site et se fond avec la couleur des collines de l’Esterel surplombant la mer et parsemant les terrasses, les piscines, les bassins et les murs.
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Pierre Cardin







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VIDEO CLIP / de la nouvelle Rolls Royce Dawn tourné en partie du Palais Bulles d’Antti Lovag (1920-2014)  relooké par Philippe Delage // Habitat Bulles



Dior Cruise 2016 Fashion Show by Fashion Channel



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SHOOTING SESSION DENIS DURAND COUTURE SHOW –




Vogue US Septembre 2001

Modèles: Delfine Bafort, Vicky Andren, Lilliana Dominguez, Diane Meszaros

Photographe: Ellen von Unwerth
Editorial: Think Graphic
Lieu: Maison Bulle – La résidence de Pierre Cardin à Cannes par Antti Lovag
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Antti Lovag, La villa de l’Esquillon, le Palais Bulles, Pierre CARDIN – Jerôme SADLER.

Promenade architecturale dans le palais Bulles du couturier Pierre CARDIN.
La villa de l’Esquillon a été réalisée par Antti LOVAG(1920-2014) avec la complicité de son ami et mécène, l’industriel Pierre BERNARD. Cette collaboration a permis de 1983 à 1991 de réaliser un espace de plus de 1000 m de bulles. Posées en équilibre sur un rocher de bord de mer, elles s’agglutinent les unes aux autres telle une grappe de raisins.
A la mort du propriétaire, la villa devient la propriété du couturier Pierre CARDIN (1993) qui la renommera Palais Bulles. La visite du studio permet de percevoir la conception d’un habitat bulle, expression qu’ Antti Lovag, qui aimait jouer avec les mots, préférait à celle de maison bulle qu’il trouvait trop connotée. Antti LOVAG développait, au travers de ce qu’il nommait l’habitologie, une réflexion sur l’homme, ses besoins et l’espace. Ce sont chez lui les fonctions, les usages, et les déplacements quotidiens qui déterminent les espaces de vie.
Cette démarche novatrice est ici mise en évidence:
-La table ronde est suspendue pour faciliter le ménage. Elle pivote sur un axe et s’encastre prés de l’évier afin de desservir plus aisément la vaisselle.
-L’espace cuisine est commun avec l’espace salon. le cuisinier ne perd pas une miette de la discussion.
-Un hamac vient s’ajouter en vue de créer un autre lieu plus intime. Il atténue le volume sonore généré par la forme sphérique de l’habitat. Il se réserve pour les fins de soirée. C’est le fameux « pelotoir »
-La salle de bain avec douche possède forcément une assise, afin de faciliter le lavage des pieds.(ici, la salle de bain ne jouxte pas la chambre. Ce ne sera pas le cas dans les autres habitats).

Bonne promenade architecturale !



1982 Caussols – Observatoire de la Côte d’Azur –



Plateau de Calern Architecte: Antti Lovag Projet – Construction: 1974 – 1979
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Le plateau de Calern
est un plateau karstique situé en France sur les communes de Caussols et de Cipières, dans le département des Alpes-Maritimes en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

L’observatoire de Calern, qui fait partie de l’Observatoire de la Côte d’Azur, est situé sur ce plateau. Il dispose d’un Laser calculant la distance Terre-Lune en frappant les réflecteurs lunaires.





1986 – Maison Gaudet à Tourrettes-sur-Loup

Les bulles Gaudet dit Le Rouréou



Maison Bernard


Nous avons souhaité créer un fonds de dotation autour de la Maison Bernard pour poursuivre une longue aventure qui a abouti à la création d’une architecture ayant marqué la deuxième moitié du XXème siècle.

Pour demeurer un lieu ouvert à la création, le fonds de dotation Maison Bernard accueille chaque année un artiste en résidence pour une durée maximum de six mois. L’artiste sélectionné doit créer une oeuvre originale en relation avec l’architecture de la maison et son environnement naturel.

Les artistes reçoivent une bourse et disposent d’un logement/atelier indépendant crée dans les années 70 par Antti Lovag pour son propre usage. Ce logement/atelier, rénové au printemps 2014, offre un espace d’environ 90m2 qui s’ouvre directement sur la mer. Les artistes peuvent également bénéficier d’un espace réservé à la fabrication des oeuvres. Au terme de la résidence, l’artiste sélectionné devra avoir réalisé son projet. Cette aventure est née de la rencontre en 1969 entre deux hommes, Antti Lovag et Pierre Bernard, l’un et l’autre personnalités libres et anticonformistes. Antti Lovag est un iconoclaste qui a développé une conception originale de l’architecture centrée sur l’homme, son espace de vie et ses besoins.

En découlent ses conceptions radicales sur le cercle qui structure le comportement de l’homme et la bulle comme enveloppe autour des ses besoins.C’est encore un architecte atypique dans la mesure où il vit sur son chantier du début jusqu’à la fin pour en expérimenter l’implantation en fonction du terrain, du paysage, de la lumière. Pierre Bernard est curieux du monde et de ses innovations. Il s’est d’abord investi dans l’automobile et y a développé une entreprise qui est aujourd’hui devenue le deuxième groupe de distribution automobile en France.
Pendant plus de vingt ans, ils ont noué une amitié et une complicité qui leur a permis de bâtir ensemble une oeuvre architecturale originale sans autre impératif que celui d’une aventure commune. L’aventure est d’ailleurs le seul programme d’Antti Lovag. Avant de se lancer dans un chantier, il fixe ses règles: “je ne sais pas combien de temps cela va durer, je ne sais pas ce que cela va être et je ne sais pas ce que cela va coûter.” Après la disparition de notre père, s’est posée la question du devenir de la maison. Face à cette réalisation, il nous appartenait d’abord de relever le défi, de poursuivre l’aventure à notre façon. Le premier objectif est de pérenniser leur oeuvre, l’ouvrir au public et faciliter l’étude de l’architecture d’Antti Lovag. Le deuxième objectif est de conserver l’identité de la maison et faire en sorte qu’elle reste un lieu de création.

C’est la raison qui nous a conduit à ouvrir une résidence pour y accueillir chaque année un artiste invité à créer une oeuvre en relation avec l’architecture de la maison et son environnement.

Isabelle & Jean-Patrice Bernard
ADRESSE
Fonds de dotation Maison Bernard
21 rue Soufflot, 75005 Paris, France
+33 97 04 47 680

CONTACT:
infos@fonds-maisonbernard.com


Maison Bernard




http://architecture3d.org/tag/maisons-bulles/


Il a en effet choisi d’entrer dans la « troisième dimension ». C’est-à-dire qu’il a abandonné les plans d’espace à angles droits et les dessins de façade. Il a conçu et réalisé uniquement des habitations en coques de formes multidimensionnelles. Il n’était pas le seul dans les années 60. Mais il est sans doute l’un des seuls à avoir continué en développant ses recherches. Il a ainsi accumulé une somme d’expériences probablement unique dans la conception de ces volumes.

Antti disait souvent : « Ce n’est pas du tout une démarche esthétique ». (lire l’Interview par François Chaplin). Pierre Bernard, l’un de ses principaux clients, disait cependant : «Tout ce que fait Antti est beau». Il est évident que l’esthétique n’est pas absente, le soin qu’il apportait à la qualité des formes — et par la correction même des moindres défauts — en est la démonstration. Mais ce n’était pas le motif premier de la conception. L’objectif était l’habitologie.

Il a aussi mis au point des solutions techniques pour réaliser les coques. Le voile de micro-béton des années 60 donne toutes les libertés de forme, mais il coûte cher en main d’œuvre qualifiée, si l’on veut une bonne exécution. Pour mettre à la portée du plus grand nombre ce type de construction, il a conçu des coffrages légers pour obtenir d’emblée une excellente finition. La coque est constituée d’un matériau composite isolant, de mise en œuvre aisée. L’arrivée proche des machines de construction 3D change à nouveau la donne.

Salle-à-manger dans une coque mobile, attenante à la cuisine, à Fontaines-sur-Saône (Antti Lovag)

Extrait d’images 3D parmi les dernières études de maison par Antti Lovag avec Pierre Colleu. Les formes sont plus épurées que dans les années 80. Les coques sont réalisées sur des supports-moules recevant la projection des matériaux et démontés après chantier. Les skydomes sont installés sur une tourelle permettant le choix des orientations. Pierre Colleu indique: « Constructions personnalisées à partir de modules standards par Antti Lovag. »
En regardant cette image, on peut mesurer le chemin parcouru par Antti depuis les années 80. Il a recherché l’essentiel : les formes des coques et les ouvertures mobiles, en donnant une possibilité de construction rapide de très bonne qualité de finition. Il a ajouté cette caractéristique nouvelle, l’orientation des skydomes placés sur une tourelle orientable, ce qui ajoute un avantage important: l’adaptation aux variations de position du soleil. Le skydome est comme un œil mobile qui offre d’autres lumières ou d’autres points de vue.

Ses recherches, par exemple, en matière de mobilier intégré à éléments mobiles,
ouvrent aussi des perspectives profondément nouvelles dans la manière d’habiter.

Une caractéristique de conception distingue particulièrement Antti Lovag : les formes sont étroitement dépendantes des nécessités de l’habitant, une bulle pour chaque usage principal. Il y a interdépendance complète entre formes et fonctionnement. C’est sans doute ce qui constitue l’apport fondamental de ses constructions. Il s’agit en effet d’une conception globale de l’habitat. Ses recherches ont porté non seulement sur l’enveloppe (la coque), mais sur l’intégration à l’environnement, les huisseries, le mobilier et tout ce qui concerne le fonctionnement de l’habitation dans ses moindre détails.


1991 – Maison Hélène et Christian Roux


Celle de Christian et Hélène Roux, près de Lyon, a été inscrite au titre des Monuments historiques.

Ami et client de l’architecte Antti Lovag, Christian Roux revient sur l’aventure de la villa Roux.

Hélène et Christian Roux ont fait construire de 1985 à 1991 une maison bulle conçue par Antti Lovag, sur leur terrain à Fontaines-sur-Saône, dans l’agglomération de Lyon. Amis et clients d’Antti Lovag, ils ont fondé l’association Homme et Habitat qui à édité 25 numéros du bulletin Habitat sur l’architecture en voile de béton.
Cette maison bulle est sans doute la plus aboutie car elle réunit tous les aspects importants des travaux d’Antti : meubles mobiles (placards tournants intégrés dans les murs, meuble de salle de bain et meuble central de cuisine pivotants), transparence entre les pièces (vue du jardin d’hiver dans le bureau qui donne dans le salon donnant lui même jusqu’à la cuisine), hamac-mezzanine, salle d’accueil en lentille de béton, salle à manger ouvrante sur l’extérieur…



Christian Roux, comment la villa Roux est-elle née ?

Nous avons découvert l’habitologie et les bulles de l’architecte Antti Lovag dans les années 1970. Ses recherches se nourrissaient d’une triple formation en architecture navale, construction métallique et urbanisme.
En 1980, il avait déjà réalisé de grands chantiers, comme la maison Gaudet, et achevait les deux villas de l’industriel Bernard à Théoule-sur-Mer. Parmi celles-ci : le palais bulle racheté par Pierre Cardin en 1992. Habitué aux exigences d’une clientèle fortunée, Lovag considérait notre chantier de Fontaines-sur-Saône, avec ses 160 m2 habitables, comme un projet type de maison familiale. Il disait « Votre maison est ma maison ».

Quel est le principe de construction d’une maison bulle ?

Le principe de construction est simple. Sur une ossature métallique et un grillage qui forment les coques, sont projetés deux voiles de béton. Le premier, intérieur, est un béton porteur très “ferraillé” ; le voile extérieur, plus léger, est un enduit lissé.
Entre ces deux couches on injecte un isolant thermique : du béton contenant un granulat léger en billes de polystyrène (200 kg/m3, contre 500 kg/m3 pour un béton cellulaire classique). La forme coque est donc économique en matériaux et en chauffage.

Comment le chantier de votre villa s’est-il déroulé ?

La construction s’est étalée de 1984 à 1991. Beaucoup de chantiers bulles sont menés en auto-construction, mais Lovag préférait travailler avec ses équipes de professionnels.
Après les ouvrages de terrassement et le soubassement en béton, le ferraillage à lui seul a duré un an. Tous les aménagements intérieurs ont été réalisés sur mesure. Chauffée par le sol et parfaitement isolée, notre maison vieillit bien : pas une fissure sur le voile de béton qui est d’une stabilité parfaite.

Selon vous, quel avenir prédire au mouvement des maisons bulles ?

La numérisation annonce une révolution des formes. Logiciels et imprimantes 3D rendent possibles de nouvelles sortes de constructions. La startup XtreeE a mis au point un robot dont la tête équipée d’une buse dépose, millimètre par millimètre, un béton fibré à ultra-hautes performances. Une coque est “imprimée” en 20 heures.
Aujourd’hui, Numa Lovag continue l’œuvre de son père et développe la technique de la projection sur moule qui permet de faire rapidement une maison. Même si les maisons bulles sont rares, elles continuent à faire rêver et ces progrès techniques pourraient contribuer à leur essor.



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