Prototypes de la Bulle six Coques de Jean Benjamin Maneval
Virginie Maneval

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MON PAPA, JEAN BENJAMIN MANEVAL



Jean Benjamin Maneval est né à Amiens en 1923 et est décédé à Paris en 1986. À la fois architecte praticien et chercheur urbain et sociologique, il a étudié à l’Ecole des beaux-arts de Paris et a joué un rôle central dans la reconstruction du français villes dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale.


Maneval étudie à l’Ecole des beaux-arts de Paris, puis à l’Institut d’urbanisme de l’Université de Paris. Pensionnaire de l’Institut en Grande Bretagne en 1952, il s’inscrit à l’ordre des architectes en 1954. Son premier projet porte sur les plans de la zone industrielle de Lacq, puis il conçoit la première ville nouvelle de l’après-guerre en France à Mourenx dans les Pyrénées pour la SCIC. Parallèlement, il s’intéresse à l’architecture d’avant-garde, il connaît les recherches de Ionel Schein, qu’il rencontre par l’intermédiaire de Michel Ragon, et s’intéressent à celles de Jean-Louis Chanéac et Pascal Haüsermann. De plus, son séjour en Angleterre l’a initié à l’architecture visionnaire d’Archigram (capsules en plastiques de Warren Chalk…).


Maneval oriente ses recherches sur la maison en plastique, il développe alors un partenariat avec les Pétroles d’Aquitaine, devenue Elf aujourd’hui, cette relation privilégiée est à l’origine de la seule réussite de commercialisation d’une maison entièrement en plastique
(la Maison Bulle 6 coques).

Maneval participe à de nombreuses études urbaines pour les villes nouvelles et réalise d’importants ensembles d’habitation avec la Société centrale immobilière de la Caisse des dépôts et la Société Central pour l’Equipement du territoire. Il travaille également à l’aménagement du littoral en Languedoc, puis pour les stations de sports d’hiver de Belleville dans les Alpes, de Gourette et Pierre St Martin dans les Pyrénées.

Au milieu des années 70, il s’oriente vers des projets internationaux : aménagement du port de Beyrouth, reconstruction d’Agadir, projets pour Buenos-Aires. Après 1977, il travaille aux Etats-Unis sur la banlieue de Washington.


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Bulle six Coques, le prototype


Il faut bien commencer l’histoire des Bulles six Coques par quelque chose de concret, nous avons donc décidés de partir d’un document récapitulatif des faits de l’année 1966 de la société Batiplastique fondée pour l’occasion par Jean Benjamin Maneval. Nous nous sommes permis de supprimer tous les noms allègrement cités dans ce document afin de ne compromettre personne.

Nous avons aussi choisi de ne publier que des extraits du document nous paraissant importants pour la suite de l’historique.



Assemblée générale des associés de la société Batiplastique, le 01 février 1967.

(Extraits)



La mise au point d’un prototype que l’on juge pour le moins révolutionnaire s’est poursuivie pendant le premier semestre de l’année 1966 et sa réalisation a été confiée aux Etablissements Jouet-Dubigeon-Normandie, dès le mois de mars de cette même année.

Le Département « Plastiques » des Ets. Dubigeon a dû rechercher la mise au point de certains matériaux avant leur mise en œuvre. Ceci explique que la livraison du prototype prévue primitivement pour fin juin n’ait lieu que fin septembre.


Après un exposé des buts que Batiplastique s’est fixé et un exposé technique de M. Maneval, des questions sont posées, concernant notamment :

  • La résistance de la coque aux efforts de dilatation
  • La conception des joints d’étanchéité entre les éléments de la coque
  • L’existence d’issues de secours en cas d’incendie

Parallèlement des tests doivent être effectués au laboratoire de Champs, en particulier :

  • Mesure des efforts liés aux dilatations sur un prototype
  • Résistance à l’écrasement dans le cas d’utilisation de ces bulles en montagne (poids de la neige)
  • Enfin, il est souligné qu’il serait intéressant d’avoir une analyse sociologique du comportement d’une famille en vacances habitant un tel logement.

Les réunions techniques se sont poursuivies pendant le 1er trimestre 1966 à intervalles réguliers, tous les mercredis après-midi chez M. Maneval.

Points étudiés…

  • La réalisation de ces logements de vacances par la juxtaposition de 5, puis de 6 coques
    • Une coque comportant une porte et un ensemble de deux petites fenêtres ouvrantes
    • Deux coques munies chacune d’une grande baie fixe et d’un ensemble de deux petites fenêtres ouvrantes
    • Trois coques munies chacune d’une grande baie fixe et d’un ensemble de deux petites fenêtres ouvrantesCes coques ont été prévues réalisées par une double « peau » de polyester stratifié enrobant un matériau isolant, mousse de Polyuréthane, le tout ayant un coefficient « K » voisin de 0,8.
  • Un premier bloc sanitaire et technique renfermant tous les équipements et en particulier :
    • Un évier simple, se prolongeant par une paillasse dans laquelle sera adaptée une plaque chauffante électrique, un feu
    • Un lavabo et sa robinetterie, vidange, etc.
    • Une installation douches
    • Un WC
    • Des surfaces de rangement, etc.

La partie jour comportera :

  • Une entrée
  • Un salon
  • Un coin repas

La partie nuit comportera :

  • Un grand lit pour deux personnes
  • Deux ensembles de petits lits superposés

En même temps un dépliant publicitaire était mis au point. Ce dépliant est sorti dans le courant du mois de mars.


Des études laborieuses ont porté notamment sur :

  • La mise au point du moulage des baies en méthacrylate
  • La mise au point des joints d’étanchéité de celles-ci
  • L’étude du formage des sanitaires en A.B.S
  • L’étude du chauffage et de la climatisation
  • L’étude de la ventilation du bloc SMET par la coupole
  • L’étude possible du cloisonnement intérieur possible
  • L’étude du plancher métallique
  • L’étude des joints assurant l’étanchéité des coques entre elles

C’est ainsi que le 13 juillet, M. Maneval et moi-même avons rencontrés le Directeur Général de la Société Centrale Immobilière de la Caisse des Dépôts qui, comme vous le savez, réalise de nombreux villages de vacances à l’aide de l’organisme Villages-Vacances-Tourisme (V.V.T.)

Il a été très intéressé par notre projet. Il nous a fait part de quelques objections valables, par exemple la surface habitable qu’il trouve trop grande, certaines critiques sur l’aspect extérieur et il s’est montré intéressé par le prix que nous avions avancé de 30.000 F pour la bulle toute équipée. Il nous a donné rendez-vous pour une visite du prototype.


A la rentrée de septembre, M. Maneval s’est remis au travail et trois semaines après proposait un nouveau bloc SMET, plus compact et d’un volume « plus coulant » qui satisfait beaucoup mieux l’œil sans perdre les qualités techniques du premier.

Le montage a duré toute la journée du mardi 20 et s’est terminée, tous aménagement compris, mercredi 21 à midi.

Effectué avec une grue peu adaptée, la rapidité du montage d’une telle habitation a été ainsi démontrée.


C’est alors que les Ets. Dubigeon-Normandie nous ont fait parvenir un état prévisionnel des dépenses déjà engagées et restant à faire pour la réalisation de ces deux prototypes.

Devant l’ampleur de ces dépenses que je vous résume ainsi :

  • Etude de conception et modèle, environ 15.000 F
  • Réalisation du modèle, main d’œuvre et matière, env. 15.000 F
  • Réalisation du moule, environ 34.000 F

Prix du premier prototype avec bloc SMET et aménagements : 53.000 F

Nous avons estimés, avec M. Maneval, qu’il était préférable de surseoir à l’exécution du second prototype et qu’il fallait surveiller de plus près encore les dépenses à venir.


A la recherche de clients (NDR).

Enfin le 14 décembre il a été organisé une visite du prototype par :

  • Le comité Central des affaires sociales E.D.F – G.D.F
  • La commission technique de la Fédération Internationale du tourisme social
  • Le comité d’entreprise d’Air France
  • Deux responsables de la Direction du Personnel et des relations Sociales d’I.B.M France

Pour recevoir ces personnes M. Maneval et M. Jouet, toute la journée, dans un froid intense, se sont sacrifiés pour la bonne cause. Je profite de l’occasion pour les en remercier.

Il en résulte que :

  • Certains ont trouvé cette habitation trop spacieuse
  • D’autres ont souhaités voir l’aménagement d’une cuisine mieux équipée et de sanitaires plus confortables dans une coque par exemple
  • Tous pensent qu’un projet « minibulle », à trois coques par exemple, devrait être étudié, dès que nous en aurons la possibilité.
  • Il semble également que le prix de 30.000 F pour une bulle toute équipée leur parait trop élevé. Comme il apparait que chacun des utilisateurs envisage l’aménagement intérieur de façon différente, il sera préférable à l’avenir de proposer les six coques montées nues pour la somme de 20.000 F environ.

M. Maneval a, depuis, envoyé à chacun de ces responsables de Villages de Vacances un petit dossier comportant plans et dépliants de la bulle afin que ceux-ci envisagent plus avant leurs propres problèmes et nous fassent part de leurs éventuels besoins.

En conclusion

L’année 1966 nous a permis de nous rendre compte que notre projet était favorablement examiné par un grand nombre de personnes, les seules critiques portant sur le prix et une divergence d’opinion sur les types d’aménagement intérieur à prévoir.

Nous avons mené à bien le programme que nous nous étions fixé lors de la constitution de la société Batiplastique et nous allons passer maintenant à la 3ème étape de ce programme, à savoir :
la réalisation d’un groupe de 10 bulles que nous souhaitons voir installer au village de vacances du Comité d’Entreprise de la S.N.P.A. à Gripp, près de La Mongie dans les Hautes-Pyrénées. Là encore, nous avons été quelque peu déçus puisque nous venons seulement d’obtenir cette commande.

Nous allons donc nous employer  à la réaliser dans les meilleurs délais car elle va nous permettre d’étudier les problèmes posés par le lancement d’une petite série.

Nous étudierons avec les utilisateurs la possibilité d’exécuter différents types d’aménagements intérieurs. Nous étudierons ensuite le comportement des habitants.

Et c’est alors seulement que nous envisagerons de faire une certaine publicité autour de cette production, ce que nous nous sommes refusés à faire jusqu’à ce jour estimant que nous n’étions pas suffisamment prêts.

Il faudra donc en 1967, lorsque les Ets Dubigeon-Normandie auront étudiés de très près les prix, examiner attentivement la partie commerciale de cette affaire.


Parallèlement, je proposerais que nous mettions à l’étude, en 1967, et en réalisation, le prototype d’une cellule à 3 coques.



Selon le convertisseur franc-euro de l’INSEE :
30.000 F de 1966 correspondent à 38.429,50 € de 2015 pour le prix de vente de la Bulle.

Le prix du prototype de 53.000 F s’élèverait quant à lui à 67892,11 € en 2015.

www.insee.fr

Les factures mentionnées dans ce document ont été réglées par la société Batiplastique aux Ets Dubigeon-Normandie avec des fonds propres provenant essentiellement de M. Maneval.

Article rédigé par Virginie Maneval et Marc Simonnet – 20/09/2016.


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Le moule d’une coque réalisé en polyester renforcé par un cadre métallique

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Chargement sur camion d’une Bulle six Coques avec son mobilier intérieur

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Aménagement intérieur du prototype de la Bulle six Coques

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Visite du prototype (Jean Benjamin Maneval est dans le groupe de droite)

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Première version du bloc technique SMET

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